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Un jour, qu’on me demandait :
« Peux-tu expliquer simplement le rôle de Chiron ? », j’ai voulu faire une réponse simple en disant : 
« Chiron permet de se poser les bonnes questions et apporte les réponses. »

Cela me paraissait évident, mais finalement, ce n’était pas si simple !


En fait, il faut bien dire qu’il est difficile de parler du rôle de Chiron à tout un chacun. Car Chiron répond à une situation particulière que tout le monde n’a pas forcément vécue : c’est le moment de sa vie où l’on se pose les questions éternelles, celles que posent Paul Gauguin dans son célèbre tableau… :


D'où venons-nous? Que sommes-nous? Où allons-nous?

 

Bien sûr, il est de bon ton de sourire en formulant ces questions auxquelles personne ne peut répondre sans convoquer.... toute la connaissance humaine, toutes les philosophies, toutes les sciences, mais aussi toutes les religions de tous les temps… Autant dire que ces questions sont des questions sans réponse…

 

Et pourtant, il arrive des périodes de la vie où l’on se retrouve confronté aux « questions », de façon impérieuse, jusqu’à en être gravement déstabilisé. Mais cela ne se produit par pour tout le monde au même âge, ni de la même façon.

Je comprends que de nombreuses personnes ne voient aucun intérêt dans ces questions car moi-même, j’ai vécu des années sans me les poser. Ce n’est qu’à mes 38 ans (âge du retour des nœuds) que les « questions » m’ont empêché de dormir, de manger, de penser correctement, d’envisager l’avenir, qu’elles ont réussi à  m’empêcher de vivre la vie que je vivais jusqu’alors !

Chiron parcourait alors son précipité.


Autrefois, les prêtres pouvaient être consultés sur ces sujets, et la religion apportait quelques réponses, même si la religion, souvent très éloignée de la spiritualité, voire coupée de toute spiritualité n’apporte le plus souvent que des réponses partielles ou déformées.


Actuellement, les prêtres deviennent rares et nous sommes, de ce fait, complètement seuls face aux « questions ».
Dans notre société occidentale matérialiste, rien ni personne  ne répond.


Alors, il est préférable de se taire, de ne pas poser les questions.

 



Et curieusement, cela nous renvoie à un passage de la légende arthurienne, passage énigmatique de la visite de Perceval au château du Graal, que je reproduis ici :

 

Le nouveau venu voit cette merveille et se raidit pour ne pas s’enquérir de ce qu’elle signifie. C’est qu’il lui souvient des enseignements de son maître en chevalerie : n’a-t-il pas appris de lui qu’il faut se garder de trop parler ? S’il pose une question, il craint qu’on ne le tienne à vilenie. Il reste muet.

 

Mais la demoiselle qu’il rencontre ensuite lui montre qu’il a eu tort :

 

-         Certes, c’est un grand honneur qu’il vous fit là. Or dites-moi si vous vîtes la lance dont la pointe saigne, bien qu’il n’y ait ni chair ni veine.

-         Si je la vis ? Certes oui.

-         Et demandâtes-vous pourquoi elle saignait ?

-         Je ne soufflai mot.

-         Dieu ! Sachez que vous avez mal fait. Et vîtes-vous le Graal ?

-         Oui bien.

-         Qui le tenait ?

-         Une pucelle.

-         D’où venait-elle ?

-         D’une chambre.

-         Et où s’en allait-elle ?

-         En une autre chambre où elle entra.

-         Nul allait-il devant le Graal ?

-         Oui.

-         Qui ?

-         Deux valets, sans plus.

-         Que tenaient-ils en leurs mains ?

-         Un lustre tout plein de cierges.

-         Et après le Graal, qui venait ?

-         Une autre pucelle.

-         Que tenait-elle ?

-         Un petit tailloir d’argent.

-         Demandâtes-vous à ces gens où ils allaient ainsi ?

-         Pas une parole ne sortit de ma bouche.

(…)

-         Ah ! Malheureux Perceval, comme il t’est mésavenu de n’avoir pas posé ces questions.

 

Extrait de Perceval le Gallois – Chrétien de Troyes - trad. L.Foulet – éd.R.Laffont – 1989



 ***********


C’est alors que Merlin se doit d’intervenir :

 

Or, comme le seigneur, Perceval et les serviteurs s’étaient mis en route, ils virent s’approcher du chevalier un homme vieux et barbu, bien vêtu, portant une faux à son cou, et qui ressemblait tout à fait à un faucheur. Il vint près du groupe et, saisissant le cheval par le mors, il dit à Perceval :

-         Etourdi que tu es, tu es fou, tu n’aurais jamais dû aller tournoyer ! (…)

-         Je vais t’indiquer la direction de la maison de ton grand-père (…) Prends garde cependant, quand tu y seras, de ne pas te conduire comme un sot et pose des questions sur tout ce que tu vois.

-         Seigneur, ainsi ferai-je, si Dieu m’accorde d’y arriver.

 

Perceval arrive chez le Roi-Pêcheur…

 

Le seigneur ordonna alors de mettre la table. On exécuta ses ordres et ils prirent place pour le repas.

Comme on apportait le premier plat, sortit d’une chambre la lance dont le fer saignait. Vinrent ensuite le Graal et la jeune fille qui portait les petits plats d’argent. Perceval, qui brûlait de questionner son hôte, lui dit :

-   Seigneur, sur la foi que vous me devez et que vous devez à tous les hommes, dites-moi à quoi servent ces objets que je vois ici porter.

Or, dès qu’il eut prononcé ces mots, il vit, en regardant le Roi Pêcheur, qu’il était transformé, parfaitement guéri de sa maladie et sain comme un poisson. Cette transformation remplit Perceval de stupeur.

 

Extrait de Merlin et Arthur – Robert de Boron – trad. E. Baumgartner – éd. R.Laffont – 1989

 

Il est intéressant de constater que dans ce texte du XIIIème siècle, Perceval ne pose pas de questions parce que son éducation le lui interdit, et  que c’est Merlin qui le pousse à le faire. Or, dès que les questions sont posées, le Roi pêcheur guérit, miraculeusement.

Je pense que pour expliquer simplement le rôle de Chiron, il est utile de le considérer comme un Merlin intersidéral, un Merlin de notre époque qui nous pousse dans le chemin de notre quête.

Tout comme Merlin, Chiron apparaît tout à coup, quand le temps est arrivé, nous pousse à poser les questions qui permettent de guérir et de recontacter toute l’histoire de l’âme jusqu’aux origines.
Et il doit le plus souvent traiter son « Perceval » de fou et de sot, le secouer et lui indiquer très précisément ce qu’il faut faire, avant de disparaître dans un grand éclat de rire !





 

 

Merci aux auteurs de ces sites, qui ont permis l'illustration de cet article. 

 http://eirian.skyrock.com/137301732-druide.html
 http://letarot.com/histoires-enseignement/images/Merlin-Vortigern-web.jpg

 http://dubleudansmesnuages.com/?cat=67

 

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Commenter cet article

Fred 06/12/2009 22:05


Coucou, l'éclopée du collège revient sur ton blog ! Je te remercie de m'avoir expliqué ce qu'était Chiron , l'autre jour. Toutes ces choses-là m'intéressent, mais on ne peut jamais parler de ciel
et de spiritualité sans faire rire les intellectuels. Et pourtant, ce monde -là est si vaste et n'attend que notre intérêt.